La maison Renaissance de Mado, partie 1 : détails de la façade

La maison Renaissance de Mado, partie 1 : détails de la façade

Détail d'encadrement de fenêtre
Détails de la façade

La maison de Mado est inspirée d'une véritable maison dans le vieux quartier historique d'Orléans, le quartier canonial autour de la cathédrale.
Le quartier canonial ou claustral (du cloître Sainte-Croix) était réservé aux gens d'église, qui travaillaient avec l'évêque de la cathédrale.
C'était un quartier fermé, une sorte de cité intérieure, qui occupait tout le nord-est de la vieille ville, à l'intérieur de la 1ère enceinte, et dont le tracé était approximativement :

plan_quartier_canonial.jpg
- au nord, le nord de la cathédrale,
- à l'ouest, le parvis de la cathédrale,
- au sud, une ligne passant au nord de la rue Etienne Dolet,
- à l'ouest, le tracé de l'enceinte, sous les actuelles maisons (aux n° impairs) de la rue du Bourdon Blanc.
Cela peut nous sembler bien vide avec la ville de maintenant, mais au Moyen-âge et à la Renaissance, ce quartier était plein comme un œuf, avec des maisons qui s'agglutinaient jusque contre les murs de la cathédrale !


(Document : antique Plan-guide Blay de 1987)

Il ne reste que quelques maisons canoniales du XVe et XVIe siècle. L'origine de celle dont je me suis inspirée reste mystérieuse car malheureusement, pour le moment, on n'en a rien retrouvé dans les archives disponibles (les archives de la ville d'Orléans ont brûlé en 1940).

On ne connaît donc pas la personne qui l'a faite construire, ni sa date précise de construction. Les archéologues peuvent néanmoins supposer que  :
1/ Le commanditaire était un personnage important et très certainement un homme d'Église. Le lieu d'installation, tout près de la cathédrale dans le quartier canonial ; la taille de la maison, importante pour l'époque ; et le soin dont elle a fait l'objet dans sa construction et son ornementation vont dans le sens de cette hypothèse.
2/ La date de construction se situerait au XVIe siècleentre 1515 et 1530. Pour avancer ces dates, les archéologues se basent sur  l'architecture et les décors des façades et des intérieurs.
Par exemple, les fenêtres et les portes des rez-de-chaussée et de l'étage sont alignées, comme on peut le voir sur la jolie photo champêtre ci-dessous : 


baies_ordonnancees.jpg

Si depuis plusieurs siècles on conçoit les façades ainsi, avec les ouvertures soigneusement alignées, ça n'a pas toujours été le cas.
Il n'y a pas d'exemple de maison médiévale sur Orléans, conservée à l'identique depuis 600 ans, donc je vous propose une photo de maison à Bourges dans le Cher :


maison_moyen_age_bourges_1.jpg        maison_moyen_age_bourges_2.jpg

Fenêtres et portes étaient crées là où on en avait besoin dans la maison et fi de l'esthétique de la façade ! 
À partir de François Ier, en revanche, aligner les ouvertures devient la règle.
Donc, "à partir de François Ier", ça nous fait quoi, comme date ?
Vous êtes comme Mado, un peu distraits en histoire ? Alors je vous donne la date : 1515 !

D'un autre coté, comme on va le voir plus loin (et dans le bonus sur les plafonds), les motifs de décoration empruntent autant au répertoire du gothique tardif (fin du XVe siècle) qu'au style Renaissance dans le Val de Loire (1ère moitié du XVIe). Cette maison n'a donc vraisemblablement pas été construite après 1530, quand on n'utilisait plus du tout des motifs "médiévaux".
Eh oui, l'archéologie tient aussi de l'enquête policière : on recueille des indices et on procède à des déductions !

Pour revenir à La Jeune fille au singe, mon modèle est une grande maison, à la façade sobre, construite en pierre. Les encadrements de fenêtres sont très élégants. C'est une des premières choses que Mado remarque, lors de sa première visite : les fenêtres ont des encadrements en pierre sculptée de détails "genre grecs ou romains" comme elle le dit, souvent abîmés. Voici les fenêtres qu'elle a pu voir :


fenetre_entiere_2.jpg                fenetre_entiere_1.jpg

Ben explique à Mado que ces fenêtres ont été agrandies, vraisemblablement au XVIIe siècle. En effet, au moment de leur construction, elles étaient carrées. Cela se voit bien sur la photo de droite, où il y a de grandes pierres en bas. Elles ont été utilisées pour agrandir vers le bas le tour de fenêtre. La mode était alors à des fenêtres plus grandes qui faisaient rentrer plus de lumière.

De
surcroît à l'origineces fenêtres étaient barrées de meneaux, ces croix formées de 2 montants, un horizontal et l'autre vertical, souvent en pierre. Ci-dessous on voit bien en haut des fenêtres un petit triangle de pierre, dernier vestige du meneau :


reste_de_meneau.jpg

Ici, un exemple de meneau qui a traversé les âges :

meneau.jpg
Ce meneau est dans la cour d'entrée du Conservatoire-Hôtel des Créneaux, place de la République, qui a été construit en plusieurs étapes entre 1445 et 1513.

Ben 
explique également à Mado que d'autres baies ont été créées dans la façade bien après sa construction, certainement au XVIIe siècle, toujours dans un souci d'apporter plus de lumière, comme ici la fenêtre à droite :


fenetres_xvie_et_xvie_2.jpg

Bon, à cette époque, on faisait simple et efficace, finies les fioritures.
Je ne
sais pas pour vous, mais moi je trouve que c'était plus stylé au XVIe, non ?

Reprenons les fenêtres d'origine, les plus ouvragées.
Les grandes longueurs de pierres verticales sur les côtés s'appellent des pilastres. Ils sont sculptés en leur bas, en leur milieu et surtout tout en haut. En bas et au milieu, ils s’ornent de cercles et de demi-cercles avec des fleurs sculptées qu'on appelle des rosaces :


cercle_rosace_sculptee_5.jpg     fenetre_bas_de_pilastre_0.jpg

Quand un personnage important faisait construire une maison au XVIe siècle, il s'adressait à des artisans qui étaient également de véritables artistes. Les tailleurs de pierre s'en sont donné ici à
cœur joie : ils n’ont jamais fait exactement la même fleur dans les rosaces. Parfois la fleur est très différente, ou alors il y a une infime variation, dans le cœur ou les pétales par exemple. Ainsi chaque fenêtre est unique :

cercle_rosace_sculptee_1.jpg   cercle_rosace_sculptee_2_0.jpg   cercle_rosace_sculptee_3.jpg    cercle_rosace_sculptee_5_0.jpg
cercle_rosace_sculptee_6.jpg   cercle_rosace_sculptee_7.jpg   cercle_rosace_sculptee_8.jpg
 
En haut des pilastres, il y a des formes particulières : des chapiteaux. Vous savez, le chapiteau, cette partie qui se situe en haut des colonnes,en particulier de temples, et qui appartient à des ordres dont on ne se souvient jamais : ionique, dorique... Comme ci-dessous :

chapiteau_colonne.jpg
Là, c'est corinthien ;)

À la Renaissance, on s’inspire beaucoup de l’Antiquité, et en particulier des architectures grecques et romaines. On retrouve donc quantité d'éléments empruntés à l'Antiquité dans l'architecture et la décoration de l'époque. Mado n'a pas complètement tort !
Sur cette maison, on retrouve, en haut des pilastres, des chapiteaux à crosse :

chapiteau_candelabre_corne_gros_plan.jpg

Les crosses sont ces éléments qui s'enroulent vers le haut.
Comme pour les rosaces, sur les chapiteaux, les artisans ont laissé libre cours à leur imagination. Malheureusement, la pierre tendre, le tuffeau, qui leur a permis de sculpter des motifs si délicats, s'est beaucoup abîmée avec les siècles et les sculptures sont souvent en mauvais état.
Sur les photos ci-dessus et ci-dessous, le chapiteau s’orne d’un candélabre au milieu, qu'on voit bien au dessus de la demi-rosace :

chapiteau_candelabre_gros_plan.jpg

Le candélabre était, pour simplifier, une sorte de grand chandelier. C'était aussi un motif extrêmement répandu dans la décoration des habitations gallo-romaines au Ier siècle, comme ici à Saint-Romain en Gal à Vienne, où il est très stylisé :

candelabre_romain_1.jpg
(photo Vassil sur Wikicommons)

Ci-dessous, on observe encore un motif de candélabre stylisé, avec des motifs végétaux, très en vogue dans l’architecture de l’époque.

chapiteau_fontaine_vegetation.jpg

Un autre chapiteau, avec candélabre et des crosses assez particulières :

chapiteau_forme_oiseaux_1.jpg

Si on regarde de plus près, et malgré l'érosion :

chapiteau_forme_oiseaux_detail.jpg

Les crosses sont devenues des oiseaux, ou en tout cas des créatures ailées !

À l’époque, on aimait encore beaucoup les créatures fantastiques, qu’on représentait souvent dans les petits détails sculptés des façades. À partir de la Renaissance, on va abandonner tous ces motifs. La maison est donc bien à cheval entre deux époques de contruction.

L’ancien Hôtel de ville d’Orléans, l’Hôtel des Créneaux, dont la belle façade peut être admirée rue Sainte-Catherine, est ornée de quelques sculptures de grotesques analogues :


hotel_creneaux_crosses_animaux_fantastiques.jpg

Allez voir le petit bonus « Et ça, vous l’aviez vu ». Vous verrez que cette façade a des sculptures d’inspiration commune avec notre maison.

Ce chapiteau-là est sympa :

chapiteau_petites_creatures_1.jpg

Il présente des formes végétales et des petites créatures que je n’arrive pas à identifier.

chapiteau_petites_creatures_3.jpg

Singes ? Petits démons ? À vous de juger !

Sur cette photo-là, vous ne remarquez rien ?

chapiteau_queues_de_dragon_1.jpg

Allez, les crosses, elles ne sont pas trop bizarres ?

chapiteau_queues_de_dragon_detail.jpg

Eh oui, ces fameuses crosses se sont transformées en je ne sais trop quoi qui a une queue de dragon. C’est vraiment dommage que la pierre se soit tant abîmée, on ne peut plus voir la tête de ces petites créatures !

Pour terminer sur une jolie note, voyez ce joli chérubin sculpté sous un pilastre :


putto_aile.jpg
 
On en retrouve plusieurs sur la façade de la maison. Petit enfant joufflu, souvent flanqué d’ailes, ce personnage se nomme un putto, des putti au pluriel (ça vient de l’italien). Pas forcément un ange, mais en tout cas drôlement mignon !

C'est tout (et c'est déjà pas mal) !

Documentation et informations : Clément Alix, archéologue au Service archéologique municipal d'Orléans.
Photos : Jean Bourgeois et Anne Bourgeois
Et merci aux propriétaires pour leur patience !


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